Pourquoi nos plateformes préférées deviennent nulles : l’ère de l’Enshittification

Enshittification

Salut les baroudeurs du web !

Aujourd’hui, on va mettre un mot sur un sentiment que l’on partage tous. Cette impression désagréable que votre réseau social préféré, votre moteur de recherche historique ou votre plateforme de streaming devient, d’année en année, de moins en moins utilisable ? De plus en plus gavé de pubs, de moins en moins pertinent, de plus en plus cher ?

Pour bien comprendre de quoi on parle (et surtout pour en rire un bon coup, parce que ça fait du bien !), je vous invite à regarder cette petite pépite vidéo qui retrace le destin absurde et tragique d’un « enshittificateur » en pleine action :

Vous avez ri (jaune)? Vous avez reconnu quelqu’un? Parfait. Maintenant, mettons un mot sur ce phénomène : l’enshittification. Ou, pour les puristes de la langue de Molière, la merdification.

Le cycle de la vie (et de la mort) numérique

C’est l’auteur et militant des droits numériques Cory Doctorow qui a posé ce mot en 2023. L’enshittification, ce n’est pas juste un accident de parcours. C’est une mécanique bien huilée, un modèle économique en trois actes :

  1. L’hameçonnage (On est gentils avec vous) : Le service se lance. Pour tuer la concurrence, il est excellent, gratuit, sans pub, et respectueux. Vous adorez, vous invitez vos amis. Le piège se referme.
  2. La bascule (On est gentils avec nos vrais clients) : Vous êtes captifs. La plateforme se tourne alors vers les annonceurs ou les vendeurs tiers. On dégrade un peu votre expérience pour leur offrir une visibilité maximale.
  3. Le pressage de citron (On n’est gentils qu’avec nos actionnaires) : Utilisateurs et annonceurs sont bloqués. L’entreprise confisque tout pour maximiser ses profits. Les tarifs explosent, le service devient… merdique.

Le musée des horreurs : trois cas d’école

Si le concept vous semble toujours abstrait, voici quelques exemples de notre quotidien de routards du numérique qui illustrent parfaitement ce déclin :

  • Amazon : De la librairie magique au bazar sponsorisé. Souvenez-vous de l’Amazon des débuts : vous cherchiez un produit, le meilleur résultat apparaissait en premier, point barre. Aujourd’hui ? Tapez n’importe quelle requête. La première page est un mur de produits « Sponsorisés », souvent des objets de mauvaise qualité en dropshipping. Vous ne trouvez plus ce que vous cherchez, vous trouvez ce qu’Amazon a été payé pour vous montrer.
  • Google Search : Chercher une aiguille dans une botte de SEO. Le moteur de recherche autrefois minimaliste et ultra-pertinent est devenu un enfer. Avant d’atteindre un vrai résultat organique, vous devez scroller à travers des annonces, des blocs de questions sponsorisées, et bientôt des résumés générés par IA souvent approximatifs. Ce n’est pas pour rien que la grande astuce des geeks aujourd’hui est d’ajouter « reddit » à la fin de leurs recherches Google pour espérer trouver la réponse d’un vrai humain !
  • Le Streaming Vidéo : Le retour caché de la télévision par câble. La promesse initiale de Netflix & co ? « Payez un abonnement pour avoir accès à tout, sans publicité. » Une vraie révolution face à la télé traditionnelle. Résultat aujourd’hui : le catalogue est fragmenté entre dix services, les prix explosent, on traque le partage de mot de passe, et l’insulte finale… l’arrivée massive de la publicité même quand on paie (à moins de payer un supplément « Premium »). On a réinventé la télévision par câble, mais en pire.

Pas un bug, mais une feature

Si vous pensiez que cette dégradation progressive était due à l’usure du temps, détrompez-vous. Le récent rapport « Breaking Free » du Conseil norvégien des consommateurs l’affirme haut et fort : ce déclin n’a rien d’un effet secondaire. Ce sont des choix délibérés. Les géants du web conçoivent aujourd’hui leurs architectures pour vous extraire le maximum de valeur avant que vous ne trouviez la sortie de secours.

Que faire pour le Routard de l’IT ?

En tant que bidouilleurs et passionnés d’un web qu’on a connu plus libre, on ne peut pas se contenter de subir. Prendre conscience de l’enshittification, c’est la première étape.

La seconde ? Sortir des sentiers battus. C’est le moment de relancer nos propres serveurs (homelab, NAS), de donner une vraie chance au web décentralisé (le Fediverse, Mastodon, PeerTube), de soutenir l’open-source, et surtout, de voter avec nos clics et nos portefeuilles en fuyant les plateformes au stade 3 de la maladie. Ce n’est pas simple, mais il y a un moment où un bloqueur de pub ne peut plus sauver une page/service pourri de l’intérieur. Il faut donc être vigilent et savoir bouger et évoluer comme ils le font en cassant leur création (enfin souvent le créateur c’est barré à ce moment là).

Et vous, c’est quelle plateforme qui vous a fait le plus mal au cœur en s’enshittifiant ? Dites-le-moi en commentaire !

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