L’Art du Mahjong (Partie 6) : Choisir sa « Distri » (Riichi vs Hong Kong vs American)

Mahjong Riichi vs Hong Kong Vs American

Vous avez votre matériel, vous connaissez la syntaxe (4 groupes + 1 paire) et vous avez compris le concept de Yaku (Trophées). Vous lancez une partie en ligne ou vous ouvrez une application, et là… c’est le drame. Le jeu vous demande de payer des « Yens », il y a des jokers bizarres, ou pire, vous ne pouvez pas faire « Chow ».

Bienvenue dans le multivers du Mahjong. Comme l’explique très bien Nicole Wong dans son livre Rules from Across the Asian Diaspora, le Mahjong a voyagé. Et comme une recette de cuisine, chaque pays l’a adapté à sa sauce. C’est un peu comme Linux : le noyau est le même (les tuiles), mais l’interface et les fonctionnalités changent selon la « Distro » que vous installez (Ubuntu, Arch, Debian…).

Alors, quelle version choisir pour votre groupe de potes ? Voici le comparatif des 3 « Méta » dominantes.

1. Le Style « Hong Kong » (Cantonese Old Style)

La version Arcade / Casual

C’est la version la plus répandue dans le monde et celle détaillée par Amy Lo dans The Complete Book of Mah Jongg.

  • Le Gameplay : Rapide, offensif et fluide. On marque beaucoup de points.
  • La Spécificité : C’est la version la plus « pure ». Pas de règles alambiquées. Si vous avez une belle main, vous gagnez.
  • L’analogie IT : C’est Windows. C’est standard, ça tourne partout, tout le monde connait plus ou moins les bases. C’est parfait pour jouer en famille après le repas du dimanche.
  • Pour qui ? Les débutants complets et ceux qui veulent de l’action sans se prendre la tête avec la défense.

2. Le Style « Riichi » (Japonais)

La version eSport / Hardcore

C’est la version dont on parle depuis le début (celle de Whitney et Kanai). C’est la plus populaire sur internet (Mahjong Soul, Tenhou) et dans les mangas.

  • Le Gameplay : Très stratégique et défensif.
  • La Spécificité :
    • Le Riichi : On parie sur sa propre victoire (on pose le bâtonnet de 1000 points).
    • Les Dora : Des tuiles bonus qui boostent le score (comme un buff de dégâts).
    • La règle Furiten : Une règle de défense stricte qui vous empêche de gagner sur une tuile que vous avez vous-même jetée plus tôt.
  • L’analogie IT : C’est Arch Linux ou un match classé sur League of Legends. La courbe d’apprentissage est plus raide, les règles sont strictes, mais la profondeur tactique est infinie.
  • Pour qui ? Les gamers, les fans de stratégie, de maths et d’anime. C’est ma version préférée (vous l’avez deviné).

3. Le Style « Américain » (NMJL)

La version Moddée / Puzzle

Attention, c’est un jeu totalement différent. Comme l’explique Seth Brown dans son Little Book, cette version a divergé dans les années 1920 aux USA.

  • Le Gameplay : C’est un jeu de reconnaissance de motifs (Pattern Matching).
  • La Spécificité :
    • Les Jokers : Oui, il y a 8 tuiles « Joker » dans le jeu !
    • La Carte (The Card) : Chaque année, la Ligue Nationale (NMJL) publie une nouvelle carte de scores. Les combinaisons gagnantes changent tous les ans ! Vous ne pouvez pas faire « n’importe quelle suite », vous devez faire exactement une des mains écrites sur la carte de l’année 2024.
    • Le Charleston : Une phase d’échange de tuiles entre joueurs avant que la partie ne commence.
  • L’analogie IT : C’est un serveur privé Minecraft lourdement moddé avec un Season Pass. Les règles changent tout le temps, il faut acheter la mise à jour (la carte) chaque année.
  • Pour qui ? Ceux qui aiment les puzzles rigides et qui ont une bonne mémoire visuelle. Très populaire dans les clubs de retraités américains, mais très fun aussi.

Le verdict : Par où commencer ?

Si vous êtes un groupe de 4 amis geeks qui aiment Magic: The Gathering ou le Poker compétitif : 👉 Foncez sur le Riichi. C’est le plus satisfaisant intellectuellement.

Si vous voulez jouer avec vos parents, vos enfants ou des amis non-joueurs : 👉 Choisissez le Hong Kong (Amy Lo). Les règles s’expliquent en 5 minutes et le fun est immédiat.

Si vous aimez l’idée de collectionner des combinaisons imposées comme au Bingo : 👉 Testez l’Américain.

Dans mon cas, j’ai choisi la voie du Riichi (le côté « Try Hard » me plait). Mais l’important, comme le dit Nicole Wong, c’est que le Mahjong reste un langage universel. Peu importe la variante, le bruit des tuiles reste le même.

On se retrouve pour le dernier article de la série : Le Guide de Survie. Je vous donnerai les clés pour ne pas passer pour un « Noob » lors de votre première vraie partie (physique ou virtuelle).