Dans les épisodes précédents, on a vu pourquoi j’ai accroché au Mahjong, et on a appris à lire les tuiles (le hardware). Maintenant, imaginez : vous avez invité trois amis. Les 136 tuiles sont sur la table. Comment on passe de ce tas de briques en vrac à une partie organisée ?
C’est là qu’intervient le Rituel du Mur. Si vous êtes habitué à distribuer 5 cartes en vrac au Poker, vous allez voir que le Mahjong, c’est un autre niveau de « setup ». C’est un peu comme initialiser un serveur : il y a une procédure de boot précise pour éviter les bugs (la triche).
Pour cette partie technique, je me base sur les instructions très claires de Shozo Kanai dans Mah Jong for Beginners, qui décrit la procédure standard japonaise.
Étape 1 : Le « Lavage » (Randomization)

Tout commence par le bruit. On retourne toutes les tuiles face cachée et… on frotte. C’est le moment le plus bruyant et le plus satisfaisant. Les joueurs mélangent vigoureusement les tuiles au centre de la table.
- Terme technique : On appelle ça le « Lavage » (xipai).
- En mode IT : C’est votre générateur d’aléatoire. Plus ça fait de bruit, meilleur est le RNG (Random Number Generator). C’est aussi ce bruit qui rappelle les fameux « moineaux » dont on parlait au premier article.
Étape 2 : La construction du Mur (Firewall)

Une fois mélangé, chaque joueur doit construire un mur devant lui. La règle est simple (selon Kanai) :
- Vous prenez 34 tuiles.
- Vous faites une ligne de 17 tuiles de long, et 2 tuiles de haut.
- On pousse les 4 murs au centre pour former un carré parfait.
L’anecdote historique : Pourquoi un mur carré ? Au-delà de l’aspect pratique, le Mahjong est imprégné de symbolisme. Ce carré fermé représente la Grande Muraille de Chine (ou les remparts d’une cité impériale). L’intérieur du carré (où on jette les tuiles mortes) représente la ville ou la terre « civilisée ». L’extérieur (où sont les joueurs) représente les quatre directions du monde, mais aussi les forces ou esprits qui tentent de pénétrer la cité. En « brisant le mur » pour piocher, on ouvre symboliquement une porte dans la fortification. C’est quand même plus classe que de « tirer une carte », non ?
Étape 3 : La Brèche (Opening the Port)
Le mur est bâti. Maintenant, qui commence ? Comme dans tout bon protocole réseau, il faut désigner un « Host » (l’Hôte). C’est le Vent d’Est. Il lance les dés pour déterminer où on va casser le mur.

C’est là que le système anti-triche du Mahjong est génial. On ne pioche pas la première tuile du dessus. On compte le résultat des dés sur le mur, et on ouvre une « brèche » à un endroit précis. Cela empêche quiconque d’avoir mémorisé l’emplacement d’une tuile lors du mélange. La pioche commencera à gauche de cette brèche, et continuera dans le sens des aiguilles d’une montre (comme si on « mangeait » le mur brique par brique).
Étape 4 : Le « Download » des tuiles

La distribution est très codifiée pour aller vite :
- L’Est prend 4 tuiles (2 piles).
- Le Sud en prend 4, puis l’Ouest, puis le Nord.
- On répète ça 3 fois (tout le monde a 12 tuiles).
- Puis chacun prend 1 tuile (tout le monde a 13 tuiles).
Note : L’Est, en tant que chef, en prend souvent une 14ème tout de suite pour lancer la partie.
Étape 5 : Le tri (Defrag)

C’est le moment que je préfère. Vous relevez vos tuiles. Personne ne les voit. Au début, c’est le chaos : des bambous mélangés à des vents, des cercles perdus… En quelques secondes, vous triez :
- Les Cercles avec les Cercles (1, 4, 8…).
- Les Bambous ensemble.
- Les Honneurs à droite.
Soudain, le chaos devient logique. Vous commencez à voir des motifs (des paires, des suites potentielles). Votre stratégie se dessine. Le serveur est booté, l’OS est chargé, la partie peut commencer.
Dans le prochain article, on verra comment interagir avec les autres joueurs. Car au Mahjong, on peut (et on doit) voler les données des autres. Préparez-vous à crier des choses bizarre, « Pung »!! « Chii »!!!


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