Dans l’article précédent, je vous parlait de l’intérêt mystérieux suscité par ces tuiles. Aujourd’hui, on rentre dans le dur : le matériel.
Si vous avez déjà regardé une partie de Mahjong, vous avez sûrement eu cette réaction : « C’est quoi tous ces hiéroglyphes ? Il faut un Bac+12 en Mandarin pour jouer ? » Rassurez-vous : Non.
C’est un peu comme regarder du code C++ pour la première fois. Ça fait peur, mais une fois qu’on connait la syntaxe, c’est limpide. Pour cet article, je m’appuie sur la méthode ultra-pédagogique de Seth Brown dans son « Little Book of Mahjong », qui a le mérite de rendre tout ça aussi simple qu’un tutoriel de Mario.
Le concept de base : C’est juste un jeu de cartes (mais en dur)
Imaginez un jeu de 52 cartes classique. Vous avez des Familles (Cœur, Pique…) et des Têtes (Rois, Dames…). Au Mahjong, c’est pareil, sauf qu’on appelle ça des Suits (les familles chiffrées de 1 à 9) et des Honneurs.
Il y a 3 familles de base. Et c’est là que le « Lore » (l’histoire du jeu) devient intéressant.
1. Les Cercles (Dots) : La « Crypto » de l’époque

Les tuiles avec des ronds. Facile, non ? Un rond = 1, deux ronds = 2. Mais que représentent-ils ? Des pizzas ? Des balles ? Historiquement, ce sont des pièces de monnaie (des sapèques en cuivre). Le « 1 de Cercle » est une énorme pièce, et les autres sont des groupements de petites pièces. C’est la monnaie de base du jeu.
2. Les Bambous (Bams) : Le « Hardware » de transport

Ici, on voit des bâtonnets. On les appelle « Bambous » en occident, mais l’origine est plus pragmatique. L’anecdote historique : À l’époque, les portefeuilles n’existaient pas. Les pièces de monnaie avaient un trou carré au milieu. Pour transporter 100 ou 1000 pièces sans les perdre, on passait une cordelette au travers pour en faire des « boudins » de pièces. Les « Bambous » sont en fait ces cordelettes de pièces.
- Le piège à éviter : Le « 1 de Bambou » ne ressemble pas à un bâton. C’est souvent un oiseau (un moineau ou un paon). Pourquoi ? Parce que l’artiste s’est fait plaisir ? Peut-être. Mais poétiquement, c’est l’oiseau perché sur la corde à linge (ou la corde à pièces). Retenez juste : L’oiseau = 1 de Bambou.
3. Les Caractères (Craks) : Le « Boss de fin » (qui est en fait très faible)

C’est la famille qui fait fuir les débutants. On voit des caractères chinois (Kanji) et on panique. En réalité, le caractère du bas est toujours le même : il signifie « Wan » (10 000). C’est la plus grosse unité monétaire (10 000 pièces). Le caractère du haut ? C’est juste le chiffre (1, 2, 3…). L’astuce de Seth Brown : La plupart des jeux modernes vendus en Occident ont le chiffre arabe (1, 2, 3) gravé en tout petit dans le coin supérieur. C’est comme les sous-titres dans une série VOSTFR : une fois qu’on sait qu’ils sont là, on ne regarde plus que ça.
4. Les Honneurs : Les « Items Spéciaux »
En plus des chiffres, nous avons des tuiles uniques. Ce sont un peu les Jokers ou les Atouts, mais attention : elles ne se mélangent pas pour faire des suites (on ne peut pas faire 1-2-Nord). On ne peut les jouer qu’en paires ou en brelans.
Les Vents (Winds)

Est, Sud, Ouest, Nord. Classique ? Pas tout à fait. L’ordre est crucial et il ne suit pas notre logique occidentale. Dans le Mahjong, on tourne dans le sens inverse des aiguilles d’une montre : Est -> Sud -> Ouest -> Nord.
Les Dragons : Confucius entre dans le chat

Il y a trois dragons : Le Rouge, le Vert et le Blanc. Contrairement aux dragons de Game of Thrones, ceux-ci sont philosophiques. L’anecdote légendaire : On raconte que Confucius lui-même aurait créé ces tuiles pour représenter les trois grandes vertus cardinales (ou les trois étapes de la cosmétologie chinoise) :
- Dragon Rouge (Chung) : La Bienveillance (le cœur, le milieu).
- Dragon Vert (Fa) : La Sincérité (ou la prospérité, comme une plante qui pousse).
- Dragon Blanc (Po) : La Piété filiale (ou la pureté, le vide immaculé).
Même si les historiens nous disent que le jeu est né bien après Confucius (au 19ème siècle), avouez que ça a plus de classe que le Roi de Trèfle, non ?
Résumé pour votre prochaine partie
Ne vous laissez pas intimider par le design. Le Mahjong, c’est :
- 3 Familles de chiffres (Ronds, Bâtons, Chiffres).
- 4 Directions (Vents).
- 3 Couleurs (Dragons).
C’est tout. Vous venez d’apprendre 95% du jeu. Il existe aussi des tuiles « Bonus » (Fleurs et Saisons) et, si vous jouez à la version Américaine, des Jokers, mais ce sont des « DLCs » qu’on verra plus tard.
Maintenant que vous savez lire le jeu, il va falloir apprendre à l’installer. Et croyez-moi, construire le « Mur », c’est tout un art. Rendez-vous au prochain article pour le setup !

