L’Art du Mahjong

Mahjong Solitaire

Vous vous dites sûrement : « Tiens, il s’est trompé de catégorie, ça ne parle pas de code ni de serveur aujourd’hui ? ». Eh bien non. Aujourd’hui, on inaugure une petite parenthèse culturelle et ludique sur mon blog : une série de 7 articles consacrée au Mahjong.

Pourquoi ce revirement ? Parce que comme beaucoup d’entre vous, je traîne une vieille fascination – teintée de frustration – pour ce jeu.

Le mythe du jeu « trop compliqué »

Enfant, je passais devant ces boîtes mystérieuses dans les magasins de jeux de société (le train bleu des parents il y avait que des objets de rêves, des jetons de poker nacrés, des jeux vidéos Atari, des Rubik’s cube etc). Ces belles tuiles gravées m’attiraient, mais deux obstacles se dressaient toujours sur ma route :

  1. Le nombre de joueurs : « Il faut être quatre ». Pour un fils unique, c’est le game over avant même de commencer.
  2. La réputation : On m’a toujours répété : « Laisse tomber, c’est hyper complexe, il y a des centaines de symboles à apprendre par cœur, c’est pas pour toi. »

Résultat ? J’ai abandonné l’idée… ou presque.

La confusion du « Solitaire »

Comme beaucoup de geeks des années 2000, j’ai fini par découvrir le Mahjong… ou ce que je croyais être le Mahjong. Vous vous souvenez de Kyodai Mahjong ? Ce jeu en 3D où il fallait éliminer des paires de tuiles libres ? Une référence absolue.

J’ai poncé ce jeu. Mais j’ai appris bien plus tard que cela n’a rien à voir avec le vrai Mahjong. C’est comme si vous pensiez être un pro du Poker parce que vous avez réussi une « Patience » ou un « Solitaire » sur Windows 95.

Le Mahjong, ce n’est pas un jeu unique. Ce sont des tuiles. Et comme avec un jeu de 52 cartes (qui permet de jouer au Bridge, à la Bataille ou au Poker), les tuiles de Mahjong permettent de jouer à une multitude de variantes. Le « Mahjong Solitaire » n’est que la partie émergée (et solo) de l’iceberg.

Le déclic : De Balatro à Demonic Mahjong

Le vrai déclic est arrivé il y a un mois. Je suis tombé sur un jeu vidéo nommé Demonic Mahjong. Pour les connaisseurs, c’est au Mahjong ce que Balatro est au Poker : un roguelike addictif.

En trois minutes, le jeu m’a expliqué les bases. Et là, révélation : ce n’est pas si compliqué. Les barrières sont tombées. J’ai compris que derrière ces symboles intimidants se cachait une mécanique logique, passionnante et finalement très accessible. (les tuiles ne me semblait pas étrangères avec mes centaines d’heures au solitaire).

Alors, j’ai décidé de creuser. J’ai ouvert des bouquins (notamment Rules from Across the Asian Diaspora de Nicole Wong), j’ai étudié les règles, et j’ai décidé de tout vous raconter pour vous éviter les frustrations que j’ai connues.

Plus qu’un jeu, un objet d’art et de lien social

Avant de parler règles dans les prochains articles, il faut parler de l’objet. Le Mahjong ne se joue pas avec des cartes qui s’abîment, mais avec des tuiles. Elles sont lourdes, froides au toucher, gravées. Il y a un plaisir tactile qu’on ne retrouve nulle part ailleurs.

D’ailleurs, savez-vous d’où vient le mot « Mahjong » ? Selon une anecdote populaire (et un peu poétique), cela signifierait « Le Moineau » dans certains dialectes chinois. Pourquoi un oiseau ? À cause du bruit. Quand on mélange les tuiles face cachée sur la table au début d’une partie (une phase qu’on appelle « le lavage »), le cliquetis caractéristique des tuiles qui s’entrechoquent rappellerait le babil bruyant d’une nuée de moineaux. Ce bruit est très satisfaisant, d’ailleurs pour la frappe d’un clavier mécanique, ne dit-on pas « Mahjong Sound » ?

C’est un jeu bruyant, vivant, social. Historiquement, il a longtemps oscillé entre un passe-temps exclusif pour l’aristocratie et un jeu populaire interdit, avant de devenir ce lien intergénérationnel incontournable en Asie. C’est l’anti-jeu vidéo : on se regarde, on discute, on touche les pièces. Et en même temps, il se prête parfaitement au jeu vidéo prêt à survivre à toute les époques.

Jeu Tripot

Le programme de la série

Je ne vais pas vous laisser vous débrouiller seul avec les règles japonaises (Riichi) ou chinoises peut être américaines. J’ai digéré pour vous plusieurs ouvrages de référence pour créer ce guide de survie :

  1. L’intro (vous êtes ici !)
  2. Anatomie du jeu : Comprendre les tuiles sans parler chinois.
  3. Le rituel : Comment on installe tout ça.
  4. La mécanique : « Chow », « Pung », « Kong » – interagir avec les autres.
  5. Le scoring : Comment gagner (et compter ses points sans aspirine).
  6. Les variantes : Quelle version choisir pour débuter ?
  7. Le guide du débutant : Étiquette et conseils pour votre première partie.

Alors, si vous avez toujours été intrigué par ces tuiles sans jamais oser vous lancer, restez dans le coin. On se retrouve au prochain article pour déchiffrer enfin ces fameux symboles !