Vous souvenez-vous de cette époque où le Web n’était pas un immense centre commercial standardisé ? Avant que les algorithmes ne décident de ce que nous devions lire, et avant que chaque page ne soit une forêt de trackers publicitaires. Pour ceux qui ont connu la fin des années 90, GeoCities était notre bac à sable : un espace de liberté brute, de GIFs animés kitchs et de fonds d’écran étoilés qui piquaient les yeux.
Aujourd’hui, Neocities reprend le flambeau. Ce n’est pas juste un hébergeur, c’est un espace pour un Web humain, statique et surtout, libre.
L’esthétique du « moche » : quand la créativité primait
On ricanait devant ces sites remplis de curseurs personnalisés avec des paillettes qui tombaient ou de musiques MIDI qui se lancent sans prévenir. Pourtant, ces sites « moches » avaient une âme. C’était le résultat de quelqu’un qui venait de découvrir qu’il pouvait animer une page avec un simple bout de code. (les fameux applets Java)
Neocities cultive cet héritage. En parcourant leur galerie (allez sur cette page, c’est du bonheur), on retombe sur cette créativité brute. C’est le plaisir de la découverte inattendue loin des bulles de filtres des réseaux sociaux. On y retrouve même les WebRings (anneaux de sites). Ce système d’échange de liens thématiques permettait de naviguer de passionné en passionné et de découvrir tel l’Enterprise dans Star trek… des mondes nouveaux et étranges ; découvrir de nouvelles formes de vie et de nouvelles civilisations ; aller là où aucun homme n’est jamais allé !… Oui carrément c’était ça le oueb! On découvrait qu’un type collectionnait les sacs à vomi des compagnies aériennes, un autre nous initiait à la culture du bonzaï et un autre nous informait « Vous êtes ici ». C’était un laboratoire de créativité sans restriction et sans filtre.
Pourquoi le statique est le futur (et pas seulement le passé)
Au-delà de la nostalgie, Neocities propose une approche technique radicalement saine : le site statique.
Contrairement à WordPress (qui utilise PHP et une base de données MySQL), un site statique n’est composé que de fichiers HTML, CSS et JavaScript. Pourquoi est-ce une révolution silencieuse ?
- Vitesse éclair : Pas de base de données à interroger, la page s’affiche instantanément.
- Sécurité totale : Pas de moteur de blog à hacker, pas de failles SQL. C’est quasiment inviolable.
- Indépendance : Pas de cookies intrusifs, pas de trackers, pas de revente de données pour entraîner des IA.
C’est un retour aux sources qui fait du bien : on balance son code, et ça marche. Pour les plus techniques, Neocities propose même un outil en ligne de commande (CLI) pour déployer ses fichiers en une seconde.
Une offre qui « envoie du bois »
Neocities ne se moque pas du monde avec son modèle économique :
- L’offre Gratuite : 1 Go de stockage et 200 Go de bande passante. Pour un site en HTML pur, c’est colossal. C’est largement assez pour héberger vos meilleures réflexions et vos GIFs les plus improbables.
- L’offre Supporter (5$/mois) : Elle débloque 50 Go d’espace et permet surtout d’utiliser votre propre nom de domaine.
Le conseil d’ami : Si vous vous lancez, prenez votre propre nom de domaine. C’est votre seule véritable adresse sur le web. Si un service ferme un jour, votre domaine vous suit partout, et votre communauté avec.
L’anti-élitisme au cœur du projet
Ce que j’apprécie par-dessus tout avec Neocities, c’est son refus de l’élitisme technique. On n’a pas besoin d’être un « barbu » sous Linux pour exister. C’est un outil éthique, open-source, et accessible. À l’heure où les réseaux sociaux deviennent des « fosses à purin » où l’on perd le contrôle de ses contenus, posséder son petit bout de Web est devenu un acte de résistance.
Conclusion
Neocities est à la croisée des chemins entre l’éthique moderne et l’esprit libertaire de 1997. C’est simple, c’est fun, et ça redonne le goût de construire des choses par soi-même. Si vous avez un vieux projet qui traîne ou une envie soudaine de partager vos passions sans la pression de l’audience, lancez-vous.
Mais attention : comme tous ceux qui ont commencé le Web à la fin du siècle dernier, vous risquez d’aimer ça…


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