Le 18 Novembre 2025, Jour où le Web a Cessé d’Être
Le 18 novembre 2025 restera gravé dans les annales de l’histoire technologique, non pas comme le jour d’une simple mise à jour algorithmique, mais comme le moment précis où le contrat social tacite qui régissait Internet depuis trente ans a été unilatéralement rompu par Mountain View. Avec le déploiement de Gemini 3 et de sa fonctionnalité « Dynamic View » (Vue Dynamique), Google a cessé d’être un moteur de recherche — un outil conçu pour indexer et diriger vers l’information — pour devenir un moteur de réponse universel, un architecte d’interfaces qui rend la visite des sites web obsolète.
L’histoire du web, des pages statiques HTML du Web 1.0 aux applications dynamiques du Web 2.0, a toujours reposé sur un principe de navigation : l’utilisateur cherche, trouve une source, et s’y rend. Ce paradigme de la « destination » impliquait une économie de l’attention partagée, où les créateurs de contenu recevaient du trafic en échange de leurs données. Gemini Dynamic View anéantit cette logique. En générant à la volée des interfaces utilisateur (UI) personnalisées, interactives et complètes directement dans les résultats de recherche, l’intelligence artificielle ne se contente plus de résumer le web ; elle le remplace.
Ce texte pour vocation d’analyser en profondeur cette transformation. En adoptant une perspective critique axée sur la souveraineté numérique. nous disséquerons les mécanismes techniques de cette « Generative UI », les protocoles sous-jacents comme A2UI, et les conséquences dévastatrices pour l’économie numérique traditionnelle. Nous explorerons comment le SEO mute violemment vers l’AIEO (AI Engine Optimization), transformant la quête de visibilité en une lutte pour la survie de l’identité numérique.
Chapitre 1 : L’Architecture de la Dépossession – Gemini 3 et la Generative UI
Pour saisir l’ampleur de la menace qui pèse sur l’écosystème numérique, il est impératif de comprendre la machine qui l’orchestre. Gemini 3 n’est pas une simple itération incrémentale de ses prédécesseurs ; c’est un changement de nature, passant d’un modèle de langage probabiliste à un système « agentique » capable de raisonnement multimodal et de construction logicielle en temps réel.
1.1. De la Réponse Textuelle à l’Expérience Utilisateur Synthétique
La rupture fondamentale introduite par Gemini 3 réside dans sa capacité de « Generative UI » (Interface Générative). Jusqu’à présent, les modèles d’IA générative comme GPT-4 ou Claude 3.5 excellaient dans la production de texte ou de code statique. L’utilisateur recevait une explication ou un script, mais l’interaction restait confinée à une fenêtre de chat textuelle. Gemini 3 brise cette barrière en possédant la capacité de raisonnement nécessaire pour concevoir, coder et déployer des interfaces graphiques complètes en quelques millisecondes.
Le processus cognitif du modèle dépasse la simple récupération d’information. Lorsqu’un utilisateur formule une requête complexe — par exemple, « Organise un itinéraire de 3 jours à Rome pour une famille avec des enfants en bas âge et un budget limité » — le modèle ne se contente pas de lister des lieux. Il comprend, grâce à ses capacités de raisonnement avancées, qu’une telle réponse nécessite une structure visuelle spécifique : une carte interactive, un calendrier dynamique, des filtres budgétaires et des fiches détaillées pour chaque activité. Il génère alors, via le « Dynamic View », une micro-application web éphémère, spécifiquement codée pour cet utilisateur, à cet instant précis.
Le Concept de « Vibe Coding » et l’Agentivité Esthétique
Google qualifie cette compétence de « vibe coding ». Ce terme, faussement décontracté, cache une réalité technique complexe : le modèle agit comme un développeur « full-stack » et un designer UX expérimenté simultanément. Il est capable de :
- Analyser l’Intention Profonde : Déceler les besoins implicites (besoin de rassurer, d’efficacité, ou d’exploration ludique).
- Planifier l’Architecture de l’Information : Déterminer quels composants (graphiques, tableaux, sliders, boutons d’action) sont nécessaires pour répondre optimalement.
- Générer le Code Exécutable : Écrire le code (souvent via des standards intermédiaires comme A2UI) en temps réel.
- Rendre l’Interface : Exécuter ce code dans un environnement sécurisé (sandbox) directement sous les yeux de l’utilisateur, sans jamais quitter l’écosystème Google.
Cette capacité marque la fin de la neutralité du format. Le contenant (l’interface) devient aussi fluide et manipulable que le contenu.
1.2. La Dualité de l’Interface : Visual Layout vs Dynamic View
Google a stratégiquement déployé cette technologie sous deux formes distinctes, créant un étau qui se resserre progressivement sur les éditeurs de contenu.
Visual Layout : La Consommation Passive et l’Extraction de Valeur
La « Mise en page visuelle » (Visual Layout) représente la première mâchoire du piège. Elle est conçue pour organiser les informations existantes (images, vidéos, textes) dans une vue magazine immersive. Concrètement, si vous cherchez des idées de décoration, Gemini va « scraper » (aspirer) des images et des extraits de milliers de sites, les décontextualiser de leur source originale, et les recomposer dans une mosaïque élégante hébergée par Google.
- Impact : L’utilisateur consomme le contenu sans jamais visiter le site source. Les métriques de « pages vues » s’effondrent, tout comme les revenus publicitaires associés. C’est l’aboutissement industriel du « Scraping » : le contenu des éditeurs est réduit à l’état de matière première brute pour une mise en page dont ils ne contrôlent ni le design, ni la monétisation.
Dynamic View : L’Agentivité et la Substitution de Service
La « Vue Dynamique » (Dynamic View) est la véritable révolution, la seconde mâchoire plus létale. Ici, l’IA ne se contente pas d’afficher ; elle construit des outils.
- Scénario : Un utilisateur demande « Aide-moi à choisir entre un prêt à taux fixe et variable ».
- Avant Gemini : Google renvoyait vers des sites de courtiers ou de banques proposant des simulateurs.
- Avec Gemini Dynamic View : L’IA code sa propre calculatrice financière, insère des graphiques comparatifs dynamiques générés en temps réel, et permet à l’utilisateur de simuler ses mensualités directement dans l’interface de chat. L’outil du site tiers, qui constituait sa proposition de valeur unique et son levier d’acquisition, devient instantanément obsolète. Pourquoi cliquer sur un lien, attendre le chargement, accepter les cookies, et naviguer dans une interface inconnue quand la réponse fonctionnelle est déjà là, prête à l’emploi?
1.3. L’Adhésion Massive : La Fin de la Friction
Les données préliminaires publiées par Google sont sans appel et glacent le sang des professionnels du web : les utilisateurs préfèrent les interfaces générées par l’IA aux sites web traditionnels dans 90 % des cas.
Cette préférence massive s’explique par l’élimination totale de la friction. Le web moderne est devenu, avouons-le, insupportable : bannières de consentement RGPD, pop-ups d’inscription à la newsletter, publicités, mises en page instables (CLS). Face à ce chaos, l’interface générative offre une pureté fonctionnelle absolue. Elle est dédiée uniquement à la satisfaction de l’intention immédiate de l’utilisateur. Pour le grand public, c’est un confort irrésistible ; pour le web ouvert, c’est une condamnation à mort par obsolescence de l’expérience utilisateur (UX).
Chapitre 2 : L’Infrastructure de Contrôle – Le Standard A2UI et Google Antigravity
Si Gemini 3 est le cerveau de cette nouvelle ère, le protocole A2UI (Agent-to-User Interface) en est le langage, et la plateforme Google Antigravity en est l’usine fermée. Comprendre ces technologies est essentiel pour saisir comment Google verrouille techniquement ce nouveau web.
2.1. A2UI : Le Langage de la Standardisation Forcée
Google a présenté A2UI comme un projet open-source, une tactique classique (« Embrace, Extend, Extinguish ») pour imposer un standard industriel qui sert ses propres intérêts. A2UI est une spécification permettant aux agents IA de générer des interfaces utilisateur de manière déclarative. Au lieu de renvoyer du texte ou du HTML brut, l’agent renvoie une charge utile (payload) JSON structurée qui décrit les intentions de l’interface, laissant le rendu final au client (l’application Google).
Analyse Technique d’un Payload A2UI :
Contrairement au HTML, qui définit la structure visuelle, le JSON A2UI définit la sémantique fonctionnelle. Voici une reconstitution conceptuelle basée sur la documentation technique :
{
"action": "beginRendering",
"surface": {
"components":
}
}Ce format permet à l’agent de « parler UI » de manière agnostique à la plateforme. Que l’utilisateur soit sur mobile, desktop ou dans une future interface de réalité augmentée, le client Google interprète ce JSON et le rend avec des composants natifs optimisés (Flutter, Web Components, etc.).
Cela signifie que le créateur de contenu perd le contrôle total sur la présentation. Il ne fournit plus une « page web » avec son identité visuelle, ses polices et sa mise en page ; il fournit des données structurées que l’IA ingère pour recracher une interface standardisée « Made in Google ».
2.2. La Sécurité comme Cheval de Troie
L’argumentaire de vente de Google pour A2UI repose lourdement sur la sécurité. En interdisant à l’IA de générer du code arbitraire (comme du JavaScript non contrôlé) et en forçant l’utilisation de composants pré-approuvés, Google élimine les risques de failles XSS (Cross-Site Scripting) et d’injections malveillantes.
Cependant, vu sous l’angle de la souveraineté numérique, cette sécurité est un prétexte au contrôle absolu. Pour qu’un service tiers puisse être intégré dans ces « Dynamic Views » (et donc exister aux yeux de l’utilisateur), il devra se conformer strictement aux schémas de données de Google. Nous passons d’un web de documents libres et interconnectés à un web de composants JSON validés par une autorité centrale.
2.3. Google Antigravity : L’Enclos des Développeurs
Le lancement simultané de la plateforme de développement « Google Antigravity » scelle ce nouvel écosystème. C’est l’environnement où les développeurs sont invités à créer des « agents » plutôt que des « applications ». En utilisant Antigravity, les développeurs acceptent tacitement de devenir des fournisseurs de backend pour l’interface frontend universelle de Google.
L’interface utilisateur, qui était autrefois le principal différenciateur d’une marque (son branding, son expérience unique, son ton), est absorbée par la plateforme. Toutes les applications finissent par se ressembler, car elles sont toutes rendues par le même moteur A2UI. La diversité visuelle et fonctionnelle du web est remplacée par une efficacité uniforme et grise.3
Chapitre 3 : L’Impact Économique – La Fin du Trafic et la Mort du Site Web Statique
L’analyse de la situation actuelle par les experts SEO et les observateurs converge vers une conclusion sombre : le modèle économique du web tel que nous le connaissons est en phase terminale.
3.1. L’Obsolescence du Site Web « Brochure »
Le site web statique, informatif ou « brochure », est la première victime désignée. Comme le souligne cruellement une discussion technique sur Reddit : « Pourquoi naviguer sur un site statique pour trouver une information quand l’IA peut construire la page parfaite pour moi? ».
Le web traditionnel est déterministe : le créateur du site décide de l’arborescence, et l’utilisateur doit apprendre à s’y repérer.
Le web génératif est probabiliste et contextuel : l’interface s’adapte à l’utilisateur.
3.2. Le Parasitisme Informationnel et la Rupture de la Chaîne de Valeur
Le problème fondamental est purement économique. Les « Vues Dynamiques » de Gemini ne naissent pas du néant ; elles s’appuient sur des connaissances extraites du web ouvert. Pour générer un « guide interactif de la Galerie Van Gogh » avec contexte historique, Gemini a dû ingérer des milliers d’articles, de critiques d’art, de biographies et de bases de données muséales créés par des humains.
En présentant ces informations dans une interface propriétaire fermée, Google coupe le lien vital (le clic) qui rémunérait le créateur (via la publicité, l’affiliation ou l’abonnement). C’est une forme de parasitisme terminal où l’hôte (Google) consomme l’organisme (le web ouvert) jusqu’à son épuisement. Si les créateurs ne sont plus rémunérés, ils cessent de produire. Si la production cesse, l’IA n’a plus de données fraîches à ingérer. C’est le serpent qui se mord la queue, l’Ouroboros numérique.
3.3. La Disparition de la « Longue Traîne »
Le référencement (SEO) s’est longtemps nourri de la « longue traîne » — ces milliards de requêtes très spécifiques qui, cumulées, apportaient un trafic qualifié immense. Avec Gemini 3, plus la requête est complexe et spécifique (« Planifie un régime végétarien sans gluten pour un marathonien de 40 ans »), plus la « Generative UI » est performante par rapport à un blog classique.
Le blogueur nutritionniste qui vivait de ces guides précis perd sa raison d’être. L’IA génère le plan de repas, la liste de courses, et même les recettes, sans jamais envoyer l’utilisateur vers le blog d’origine. La longue traîne, autrefois refuge des petits éditeurs, devient le terrain de chasse gardée de l’IA.
Chapitre 4 : Du SEO à l’AIEO – La Nouvelle Grille de Lecture pour Survivre
Si le trafic disparaît, que reste-t-il? La transformation du SEO (Search Engine Optimization) en AIEO (AI Engine Optimization) n’est pas une simple évolution terminologique, c’est une mutation radicale des stratégies de visibilité.
4.1. L’Hécatombe des « Fermes de Contenu »
Les premiers à disparaître seront les « Content Mills » (fermes de contenu) et les sites de niche génériques (MFA – Made For Adsense). Ces sites qui produisent des articles du type « Qu’est-ce que le Bitcoin? » ou « Top 10 des meilleurs aspirateurs 2025 » sont condamnés à court terme.
Gemini 3 peut synthétiser ces informations factuelles mieux, plus vite, sans fautes d’orthographe et surtout sans publicité intrusive. La valeur ajoutée de la simple compilation d’information tend vers zéro. Si votre contenu peut être généré par une IA en 3 secondes, il n’a aucune valeur économique dans le nouveau paradigme.
4.2. La Checklist AIEO : Ce que l’IA ne Peut Pas (Encore) Halluciner
Pour survivre dans cet environnement hostile, le contenu doit fournir ce que l’IA ne peut pas simuler de manière fiable sans risquer l’hallucination détectable. La checklist établie pour l’ère Gemini 3 repose sur trois piliers fondamentaux :
A. L’Expérience Vécue et Sensorielle (Experience)
L’IA n’a pas de corps. Elle ne peut pas goûter un plat, ressentir le confort d’une chaussure de randonnée, ou vivre la frustration d’un service client défaillant (une hotline par exemple…).
- Stratégie : Le contenu doit pivoter vers le témoignage subjectif et incarné. « J’ai testé cet aspirateur pendant 6 mois et la poignée a cassé » a une valeur inestimable face à une fiche technique synthétisée par l’IA. La preuve par l’image personnelle et la vidéo authentique devient une valeur ajoutée.
B. L’Opinion Forte et le Point de Vue (Point of View)
Les données sont dépersonnalisées (tout le monde a accès aux mêmes faits), mais l’analyse, la polémique, l’humour, le style et la vision d’auteur restent proprement humains.
- Stratégie : Il faut cultiver une voix unique. L’IA cherche le consensus et la neutralité ; pour exister, il faut être clivant, singulier, avoir une « gueule ». Les marques doivent devenir des entités avec une personnalité forte que l’utilisateur recherche spécifiquement, par son nom.
C. La Donnée Propriétaire (Proprietary Data)
C’est le trésor de guerre. Les sites possédant des données exclusives (études originales, statistiques en temps réel non publiques, bases de données privées) deviendront les oracles indispensables pour l’IA.
- Stratégie : Ne plus donner ses données gratuitement. Verrouiller les API, utiliser des
robots.txtrestrictifs pour négocier des accords de licence (comme Reddit ou le New York Times l’ont fait).
4.3. La Stratégie de la « Marque Entité »
L’objectif du marketing digital ne sera plus d’obtenir un clic dans une liste, mais d’être cité par l’IA comme la source de vérité absolue. On passe d’une économie de l’attention (clics, temps passé) à une économie de la réputation.
- Avant : Optimiser les balises H1 et les backlinks pour être en 1ère position sur un mot-clé générique.
- Après : Optimiser les entités de marque (Knowledge Graph) pour que Gemini dise : « Selon Cédric Ougier, la référence en la matière, la meilleure solution est… »Cependant, la question de la monétisation de cette « citation » reste entière. Si l’utilisateur ne clique jamais, comment la marque convertit-elle cette autorité en revenus? C’est l’impasse actuelle du modèle, qui poussera probablement vers des modèles hybrides où la visibilité est payante, ou vers des écosystèmes totalement fermés (newsletters, communautés privées). Un web privé…
Chapitre 5 : Perspective Développeur – Coder pour la Matrice ou Contre Elle?
L’arrivée de Gemini 3 et du standard A2UI représente un dilemme cornélien pour les développeurs web et les architectes logiciels.
5.1. La Promesse : La Fin du Code « Boilerplate »
Pour un développeur pragmatique, la promesse de Google Antigravity est séduisante. Le modèle Gemini 2.5 Computer Use et ses successeurs permettent de déléguer les tâches répétitives et l’interface utilisateur à l’IA.
Imaginez ne plus jamais avoir à débattre du centrage d’une div ou de la compatibilité CSS entre navigateurs. Vous fournissez la logique métier et les données, et l’IA génère l’interface optimale pour chaque utilisateur. La productivité explose. Le développeur devient un « architecte d’agents », orchestrant des systèmes intelligents plutôt que de pisser du code.
5.2. Le Risque : L’Ouvrier Spécialisé de l’IA et la Perte de Compétence
En adoptant A2UI, le développeur délègue la couche de présentation — le lien direct avec l’utilisateur — à Google.
- Code Classique : Je construis mon HTML/CSS. Je contrôle chaque pixel, chaque interaction, chaque tracker analytique, chaque script tiers.
- Code Agentique (A2UI) : Je fournis des données et des « intentions » (JSON). Gemini décide comment les afficher, si elles doivent être affichées, et dans quel contexte.
Cela réduit le développeur web à un fournisseur d’API backend. La créativité visuelle, l’innovation en interface utilisateur (UI) et l’expérimentation en expérience utilisateur (UX) deviennent le monopole de l’IA de Google. C’est une standardisation qui rappelle l’ère du Minitel, mais gérée dynamiquement et invisiblement par une machine. De plus, la compétence de « créer un site web » risque de s’atrophier, rendant la dépendance à la plateforme irréversible.
5.3. Exemple de Code : La Soumission à la Machine
Les snippets de documentation technique révèlent la nature de cette nouvelle interaction. L’utilisation des « Thought Signatures » (Signatures de Pensée) est particulièrement révélatrice.
Pour maintenir la cohérence d’une conversation longue et complexe (stateful conversation) avec l’IA, le développeur doit renvoyer à l’IA ses propres « pensées » cryptées (tokens de raisonnement interne comme <Sig_A>) à chaque tour de conversation.
# Exemple conceptuel basé sur la documentation
response = client.models.generate_content(
model="gemini-3-pro",
contents=},
{"role": "model", "parts":} # On doit renvoyer à l'IA sa propre mémoire
]
)C’est une métaphore puissante et inquiétante : pour que le système fonctionne, nous devons accepter de devenir les garants passifs de la mémoire de l’IA, en manipulant des boîtes noires opaques dont le sens nous échappe totalement.
Chapitre 6 : La Souveraineté Numérique en Péril
Si l’on adopte le style et les préoccupations de la « résistance numérique », l’analyse technique doit laisser place à une critique politique et sociétale virulente. Ce qui se joue ici n’est pas seulement une question de parts de marché, mais une question de liberté cognitive.
6.1. La Fin de la Neutralité de l’Interface
Jusqu’à présent, le navigateur web (Browser) était un agent relativement neutre (« User Agent »). Il affichait fidèlement le code envoyé par le serveur du créateur. Avec Gemini Dynamic View, le « navigateur » n’est plus neutre : il est créateur et éditeur.
Il décide de ne pas afficher votre menu de navigation parce qu’il le juge « inutile ». Il décide de supprimer votre paragraphe d’introduction « trop long ». Il décide de remplacer votre bouton « Acheter » par un comparateur de prix incluant vos concurrents directs, généré à la volée.
C’est une prise de pouvoir éditoriale totale et invisible. Google ne se contente plus d’organiser l’information mondiale, il la remâche, la prédigère et la reformule selon ses propres critères d’optimisation, qui ne sont pas ceux des créateurs ni nécessairement ceux des utilisateurs.
6.2. Le Web « Truman Show » et la Bulle de Filtre Ultime
La personnalisation extrême promise par le Generative UI (« une interface unique pour chaque utilisateur ») crée un risque de bulle de filtre ultime, un « Truman Show » numérique pour chaque individu.
Imaginez deux personnes cherchant « Causes du changement climatique » :
- L’utilisateur A (profil identifié comme scientifique/progressiste) verra des graphiques complexes de la NASA, des données brutes et des liens vers des études universitaires.
- L’utilisateur B (profil identifié comme sceptique/conservateur ou simplement moins éduqué) verra une interface simplifiée, ludique, peut-être édulcorée pour ne pas le « froisser » ou optimiser son engagement.Nous perdons le référentiel commun. Le « Web » n’est plus un espace public partagé où chacun voit la même chose, mais une infinité de réalités privées générées pour nous conforter, nous optimiser, et nous garder captifs sans friction, et donc sans contradiction. C’est la fin de la confrontation aux idées dérangeantes qui forgent l’esprit critique.
6.3. La Résistance : Le Retour au « Web Sauvage »?
Face à cette aseptisation et cette centralisation, une contre-culture numérique est en train d’émerger.
- Le Verrouillage des Contenus (Le Grand Blackout) : De plus en plus de sites, grands et petits, vont bloquer agressivement les bots d’IA (
User-Agent: Google-Extended,GPTBot) via leursrobots.txtet des pare-feux applicatifs, pour empêcher le vampirisme de Gemini. Le web pourrait se scinder en deux : un web « public » pauvre et généré par l’IA, et un web « humain » payant ou caché derrière des authentifications. - Le Retour aux Protocoles Décentralisés : ActivityPub (Mastodon), RSS, et les bonnes vieilles newsletters par email deviennent les seuls moyens de toucher son audience sans l’intermédiation distordante de l’algorithme génératif. La relation directe (« Own your audience ») devient la seule valeur sûre.
- L’Humain comme Label de Luxe : Le label « 100% Humain », « Fait main », « Garanti sans IA », « Web Artisanal » deviendra un argument de vente premium, voire un acte de militantisme politique.
Conclusion : S’adapter, Mourir, ou Entrer en Résistance
Gemini Dynamic View est une prouesse technologique indéniable qui réalise le vieux rêve de l’informatique: une machine qui comprend nos besoins et y répond instantanément, effaçant la complexité technique. Pour l’utilisateur final consommateur passif, c’est un âge d’or du confort.
Cependant, le prix à payer est la destruction lente mais certaine de l’écosystème qui a rendu cette intelligence possible : le web ouvert, diversifié et décentralisé. En remplaçant les sites web par des vues dynamiques éphémères, Google scie la branche sur laquelle il est assis, remplaçant la forêt primaire foisonnante du web par une plantation monoculture transgénique gérée par ses algorithmes. (quoique je ne les crois pas si fous, il y aura bien un moment où il faudra sortir la CB).
Pour les professionnels du web, le message est brutal mais clair : l’ère du « trafic facile » est révolue. L’ère de la « marque forte » et de la « communauté engagée » commence.
Pour les citoyens numériques, le combat change de nature. Il ne s’agit plus seulement de défendre la neutralité du net (les tuyaux), mais de défendre la neutralité cognitive (les interfaces).
La « Vue Dynamique » est peut-être séduisante, mais c’est une cage dorée. « Gardez le contrôle de vos données, hébergez vos propres services, soutenez les créateurs indépendants en direct, et ne laissez pas une IA décider à quoi doit ressembler votre réalité numérique. Le web est mort? Vive le web libre. »


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